Le sel pour bétail couvre les besoins en sodium
Les rations «normales» pour bétail laitier, si elles ne sont pas complétées, ne couvrent pour ainsi dire jamais les besoins de nos vaches en éléments minéraux et en sel pour bétail.
Jutta Berger (TORO 09/13)
L’apport de sodium est insuffisant dans presque toutes les rations, si elles ne sont pas complétées avec du sel pour bétail. Car, d’une manière générale, nos plantes fourragères sont pauvres en sodium (env. 0.2 g Na/kg MS). Notamment les rations riches en graminées ont une teneur en sodium plus faible que généralement admis. C’est pourquoi: contrôlez de temps en temps le genre et la quantité d’apports de sodium – en d’autres termes jetez un œil critique sur l’approvisionnement en sel pour bétail des vaches en lactation, des vaches taries et des génisses d’élevage. Parfois, la solution à un éventuel problème de fertilité se dessine subitement.
Le sodium est vital
Les ions de sodium et de chlorure, qui sont présents dans tous les liquides du corps, sont des substances vitales. Le sodium a un rôle à jouer dans de nombreuses fonctions corporelles essentielles: le fonctionnement des voies nerveuses et des muscles, la régulation de la température par la transpiration et la régulation du régime en eau. Le sodium est un des éléments les plus importants dans le système tampon du sang. Il participe à l’osmose cellulaire mais régule aussi la quantité de liquide dans les espaces intercellulaires, par exemple dans le sang. En fonction de l’approvisionnement, l’organisme élimine plus ou moins de sodium et de liquide par le biais des reins. Si le sodium vient à manquer, le corps peut compenser la situation par un mécanisme de régulation subtil: il diminue l’élimination de sodium par l’urine, la salive et les selles. Dans les cas extrêmes, il peut aussi diminuer les pertes de sodium par le biais de la mamelle en diminuant la production laitière. Une carence de sodium présentant des risques vitaux n’apparaît donc généralement qu’en cas de diarrhées sévères et persistantes (chez les veaux) ou en cas d’alimentation extrêmement pauvre en sel. L’animal en question élimine beaucoup d’eau avec l’urine, le sang s’épaissit et il finit par mourir d’une défaillance cardiaque ou rénale.
Carence en sodium
Des études chez l’être humain ont montré que, sur la durée, une alimentation pauvre en sel stoppait la sensation de soif et aboutissait finalement à un dessèchement du corps. En tirant un parallèle avec les vaches, on peut admettre qu’un manque hypothétique de sel pour bétail pourrait conduire à une diminution de la consommation d’eau et ensuite de la consommation de fourrage. Les symptômes dus à une carence prolongée en sel pour bétail sont généralement peu spectaculaires et non spécifiques:
- diminution de la production laitière
- teneur réduite en matières grasses du lait
- dessèchement, pelage terne
- troubles du métabolisme, cétoses
- troubles de la reproduction
Le sodium est par ailleurs impliqué dans de nombreux processus en lien avec le vêlage, le cycle et les chaleurs. Il joue un rôle important notamment pour l’ovulation et lors de la fécondation de l’ovule. En conséquence, un manque de sodium peut devenir apparent sous forme de kystes ou de retours en chaleurs répétés. L’expulsion du placenta et le nettoyage de la matrice chez la vache fraîche vêlée dépendent également d’un bon approvisionnement en sodium.
Les signes alarmants d’une carence en sel pour bétail, ou autres minéraux, sont des comportements par lesquels l’animal tente de compenser le manque:
- en buvant de l’urine ou du purin
- en mangeant de la terre
- en léchant intensivement le pelage, le bois, les installations dans l’étable, les habits, les mains, etc.
Sodium et potassium
Le potassium est souvent l’antagoniste naturel du sodium: une teneur élevée en potassium est quasi synonyme d’un faible taux de sodium. Dans le corps de l’animal, c’est le cas à l’intérieur et à l’extérieur de la cellule, lors de la transmission des impulsions nerveuses, pour le rythme cardiaque et dans le fonctionnement des muscles. Les plantes (fourragères) sont tendanciellement pauvres en sodium mais riches en potassium. En particulier le fourrage vert – peu importe qu’il soit à l’état frais ou conservé (foin, ensilage, etc.) – présente un excès en potassium. Cette situation est la plus prononcée au printemps et en automne. Cependant, la vache n’a nul besoin d’autant de potassium; raison pour laquelle elle l’élimine. Cela augmente la quantité d’urine, entraînant une élimination accrue de sodium et de magnésium. Ces pertes d’eau et de minéraux doivent impérativement être compensées par une offre suffisante de liquide mais aussi par un apport complémentaire de sel pour bétail et de sels minéraux riches en magnésium.
Administrer du sodium
Pour des raisons liées à la production, de nombreux composés minéraux ne contiennent que peu de sodium. De ce fait, la seule complémentation avec des sels minéraux ne suffit pas. L’apport quotidien de 50 grammes de sel pour bétail (recommandations ALP, Posieux) permet de couvrir les besoins d’une vache. En cas de fourrages de base très riches en potassium ou en cas de grandes chaleurs, lorsque la perte de sodium est accrue en raison de la transpiration, la dose quotidienne peut être augmentée de 25 %.
Conclusion: il faut donner du sel pour bétail, mais comment?
Une pratique courante est de donner du sel pour bétail ou des sels minéraux à volonté dans des bacs ou sous forme de pierre à lécher. Ce faisant, la consommation de sel pour bétail dépend des conditions météo. Elle varie aussi fortement d’un animal à l’autre: en fonction du stade de lactation, du rang dans le troupeau et de l’état de santé. C’est pourquoi, le sel pour bétail «à volonté» ne couvre pas le besoin réel en sodium chez toutes les vaches. Il est donc conseillé d’assurer l’approvisionnement de base par une alimentation «imposée» – cela signifie: soit répandre le sel pour bétail (et les sels minéraux) directement sur le fourrage de base, soit les ajouter dans la ration mélangée. Dans la pratique, sur de nombreuses exploitations, une «poignée» de sel pour bétail est ajoutée quotidiennement – sans forcément mesurer combien cette poignée pèse concrètement, quoique cela pourrait se faire de temps à autre. En plus du sel «imposé», les animaux qui ont des besoins plus élevés devraient pouvoir les couvrir via les bacs ou les pierres à lécher mis à libre disposition.
Si par contre on administre trop de sel, éventuellement même en combinaison avec un fourrage de base riche en minéraux, le goût peut être altéré. Dans ce cas, la consommation de fourrage baisse, surtout lorsque l’approvisionnement en eau n’est pas optimal et que les animaux ont soif.
Cette combinaison entre administration «imposée» et «à volonté» convient également pour les vaches taries. Elles aussi ont besoin de sel pour bétail. Ne confondez pas la recommandation d’une alimentation de tarissement pauvre en calcium avec une suppression de l’apport de sel pour bétail et de sels minéraux pendant le tarissement. Au contraire: les vaches en fin de gestation ont impérativement besoin de minéraux tels que le sodium, le magnésium, les oligo-éléments et des vitamines. Répandez du sel minéral de tarissement et 30 g de sel pour bétail par vache tarie et par jour sur le fourrage de base.
Contrôler l’approvisionne ment en sodium
Les analyses d’urine sont une possibilité objective pour contrôler l’approvisionnement en sodium. Chaque éleveur peut prélever lui-même facilement les échantillons. Il s’agit de récolter l’urine de plusieurs vaches du troupeau, de préférence de celles qui sont en pleine lactation, de le mélanger et d’en analyser un échantillon. Pour obtenir un résultat significatif, il faut tenir compte dans l’échantillonnage de 5–10 % des vaches en pleine lactation – ou d’au moins 6 animaux dans les petites exploitations.