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Météorisation
13.04.2026

Météorisation

Lorsque la panse menace d’éclater: La consommation de fourrage vert riche en protéines peut avoir une issue désastreuse.

Manuela Falk (TORO 07/16)

Il est tôt le matin, un vent frais souffle, quelques bancs de brouillard s’étendent encore au fond de la vallée. Les premiers rayons de soleil apparaissent et font scintiller les gouttelettes de rosée qui perlent sur les plantes. L’éleveur ouvre les portes de son écurie. PETUNIA lève la tête, car elle sait que, sous peu, elle pourra quitter l’étable et brouter l’herbe fraîche au pâturage, comme le jour d’avant. Elle se réjouit, aujourd’hui le trèfle sera particulièrement appétissant. Son estomac crie famine, elle se jette sur l’herbe fraîche. A peine une heure plus tard, PETUNIA se sent gonfle. Elle jette un oeil effrayé à son flanc gauche qui est tout ballonné. PETUNIA essaie de roter, mais sans succès. Elle arrête de brouter mais se sent malgré tout de plus en plus mal. Elle a de fortes douleurs abdominales et en plus elle respire avec difficulté. Peinée par la douleur et la détresse respiratoire, PETUNIA se tient le dos courbé, le cou et la tête tendus vers l’avant.

Que s’est-il passé?

Un tel scénario fait penser à une météorisation (gonflement prononcé de la panse). Les gaz produits par les bactéries de la panse pendant la rumination s’accumulent dans la panse et le bonnet. Ainsi dans une situation normale, quelque 30 à 50 litres de gaz sont produits par heure dans les estomacs de la vache. Cette dernière évacue les gaz en rotant et réduit ainsi la pression dans la panse. D’une manière plus élégante, on parle d’éructation. Si la vache ne peut pas évacuer les gaz par l’œsophage et la trachée, sa vie peut rapidement être en danger. Elle «gonfle». D’une manière générale, on distingue deux types de météorisations, d’origine différente.

Types de météorisations

Météorisation avec fermentation mousseuse

La météorisation mousseuse est la plus fréquente et touche souvent plusieurs animaux en même temps. Elle  est liée à l’affouragement. Les gaz produits dans la panse de la vache lors de la digestion se mélangent aux  particules de fourrage riches en protéine (surtout le trèfle et la luzerne) et forment une mousse stable.

  
Météorisation avec accumulation de gaz

La météorisation avec accumulation de gaz dans la partie supérieure de la panse touche généralement un seul  animal. Il s’agit souvent d’une pomme ou d’un bout de betterave qui est resté dans l’oesophage et qui obture la trachée, de sorte que les gaz ne peuvent plus être éructés.

Dans le cas de PETUNIA, les gaz produits dans la panse se sont mélangés au bol alimentaire, notamment aux petites particules de fourrage provenant principalement de la dégradation des protéines. De petites bulles se sont formées, elles restent emprisonnées entre les particules de fourrage et composent une mousse stable. Les gaz sous forme mousseuse ne peuvent plus s’échapper de la panse. La mousse se multiplie et s’étend, de sorte que la pression sur la paroi gastrique et le diaphragme augmente. Au début, les mouvements de la panse augmentent, avant de diminuer et de cesser complètement par la suite. De par la pression croissante sur les poumons et les vaisseaux sanguins, la vache a des difficultés à respirer et souffre de problèmes de circulation. La météorisation est un cas de première urgence. La mort peut survenir en l’espace de quelques minutes suite à un collapsus et par étouffement.

Les pâturages riches en légumineuses constituent un grand risque pour la météorisation mousseuse.
Bild: Swissgenetics

Qu’est-ce qui favorise une météorisation

Lorsque les vaches consomment beaucoup de fourrage riche en protéines – par exemple les légumineuses (luzerne, trèfle) – et ce en peu de temps, les bactéries de la panse se multiplient vite et produisent rapidement beaucoup de gaz. Les jeunes plantes ou l’herbe humide (pluie, rosée) sont particulièrement dangereuses. Elles sont plus faciles à dégrader par les bactéries qui libèrent rapidement de grandes quantités de composantes végétales. Lorsqu’une grande quantité de protéines végétales sont libérées en peu de temps, la viscosité du suc contenu dans la panse augmente, il mousse plus facilement. La salive de la vache a beau contenir des substances aux propriétés anti-moussantes, l’ingestion précipitée de fourrage avec peu de fibres réduit la formation de salive et augmente le risque de météorisation.

Comment prévenir les météorisations

La prudence est de mise au printemps et en automne, lors de l’ingestion de fourrage vert riche en protéines. Le climat plutôt humide pendant ces mois-là et/ou la croissance rapide de l’herbe favorisent la formation de mousse dans la panse. Le fourrage riche en légumineuses avant le stade de la formation des boutons est particulièrement dangereux. Le risque diminue avec l’âge de la plante. La meilleure prévention est donc: ne jamais affourager exclusivement de l’herbe jeune avec des parts élevées de trèfle rouge ou blanc. Ne pas affourager une ration de luzerne ou de colza pure. Toujours mélanger ces composants avec d’autres fourrages, tels que les graminées, notamment le dactyle. Cela signifie également soigner la population de graminées pour disposer de pâturages ayant une composition botanique mixte. Le risque de météorisation sera moindre. S’il n’est pas possible d’éviter les rations potentiellement dangereuses, l’administration de foin ou de ration totale mélangée (TMR) permet de diminuer le risque de météorisation. Les vaches se jetteront moins goulûment sur le fourrage vert riche en protéine. Les protéines végétales libérées lors de la digestion seront par ailleurs mélangées avec le reste du contenu de la panse et donc diluées. Le foin favorise en plus la production de salive et des substances anti-moussantes. Les produits à base d’huile de foie de morue contribuent également à diminuer la fermentation mousseuse et sont donc souvent utilisés dans la prévention des météorisation. Il est également conseillé d’attendre que la rosée ait séché avant de faire pâturer les parcelles critiques.

L’administration de produits à base d’huile de foie de morue, de foin ou de TMR lors de l’affouragement d’herbe comportant un risque peut contribuer à prévenir la météorisation.
Bild: Swissgenetics

Premiers secours en attendant le vétérinaire

Dans tous les cas, il ne faut pas trop attendre avant d’appeler le vétérinaire en présence du phénomène de météorisation. Annoncer le nombre d’animaux touchés (souvent plusieurs suivent le premier cas!). Ensuite le fourrage riche en protéine et pauvre en structure doit être enlevé, c.-à-d. les vaches sont amenées à l’étable. Placer les animaux touchés de manière à ce que l’avant-train soit surélevé pour que le gaz puisse s’échapper. Placer un bâillon de bois en travers du museau de la vache, pour stimuler la production de salive et masser le flanc gonflé pour faire éclater les petites bulles de gaz. Dès que le vétérinaire est arrivé sur place, il peut, à l’aide d’une sonde spéciale, injecter des substances anti-météorisation à base d’huile ou de silicone dans la panse. Ces produits provoquent l’éclatement des bulles de gaz. Il se forme à nouveau une grande masse de gaz qui pourra être évacuée par éructation.

Lorsque l’animal est déjà couché au sol et que le danger de mort est aigu, la seule solution est de pratiquer une incision au niveau de la panse sur le côté gauche. Dans les cas extrêmes, le vétérinaire peut donner les instructions par téléphone, pour permettre d’effectuer cette intervention sans tarder.

Différents degrés de gonflement de la panse
Bild: The Cattle Health Handbook (Heather Smith Thomas)

Une météorisation évolue très rapidement – appeler le vétérinaire dès l’apparition des premiers symptômes!

  • Gonflement du flanc gauche
  • Regard anxieux
  • La tête est souvent tournée en direction de la panse
  • Position de chevalet
  • Défécations et mictions fréquentes
  • Augmentation de la fréquence respiratoire et cardiaque
  • Respiration par la bouche, avec la langue tirée

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