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Inflammation oculaire "Pink eye" (kératite de pâturage)
03.07.2026

Inflammation oculaire "Pink eye" (kératite de pâturage)

Derrière le joli terme «Pink Eye» se cache une inflammation oculaire douloureuse qui
peut causer d’énormes problèmes, notamment à l’alpage.

Léonie von Tael / Jutta Berger (TORO 04/26)

La bactérie Moraxella bovis colonise normalement la muqueuse nasale des bovins. Dans certaines circonstances, elle peut toutefois provoquer une inflammation oculaire douloureuse: la kératite des pâturages, également connue sous le nom de «Pink Eye» (œil rose) ou de kératocon jonctivite infectieuse bovine (KCIB).

Le fort rayonnement UV en montagne favorise les maladies oculaires. Les animaux à l’alpage sont donc particulièrement exposés et présentent, en cas de maladie, un risque élevé d’accident. Une surveillance attentive des animaux est donc essentielle!

Comment l’infection atteint l’œil

Une infection oculaire pathologique est généralement précédée de petites lésions de la cornée qui surviennent p. ex. lors de combats de rang et sont souvent si minimes qu’elles ne sont pas visibles à l’œil nu. Le rayonnement UV peut également irriter la cornée. Les bactéries se transmettent très souvent par les mouches, par contact direct entre les animaux ou indirectement par les mains, les vêtements ou du fourrage contaminé. Lorsque les bactéries atteignent ces zones déjà lésées, elles s’y multiplient et provoquent une inflammation. Comme l’infection reste généralement localisée à l’œil, seuls environ 10 % des animaux atteints développent une affection simultanée des deux yeux.

Les combats de rang peuvent entraîner des blessures à la cornée, qui sont des portails d’entrée pour les bactéries Moraxella bovis.
Bild: www.zweiaufreisen.com

Facteur important: les mouches

Les facteurs suivants favorisent l’apparition de la maladie:

  • Forte densité de mouches
  • Rayonnement UV intense en haute montagne
  • Peau non pigmentée, blanche autour des yeux et sur les paupières
  • Été et forte chaleur
  • Jeune âge – les animaux atteints ont souvent moins de 5 mois
  • Espace serré à l’étable ou pendant le transport
  • Agitation dans le troupeau due à l’arrivée de nouveaux animaux
  • Forte exposition à la poussière

Il est donc évident que les bovins alpés, exposés simultanément à plusieurs de ces facteurs, sont particulièrement souvent atteints de kératite des pâturages. Ils sont transportés au début de l’été et puis gardés avec des animaux étrangers sur des pâturages souvent fortement exposés au rayonnement solaire. Des combats de rang ont lieu qui peuvent entraîner des blessures aux yeux et les mouches sont omniprésentes.

Les mouches transmettent les pathogènes de la kératite. Une lutte systématique contre les insectes réduit donc le risque d’infection.
Bild: Swissgenetics

Typique: photophobie et spasme des paupières

Après une contamination, les premiers signes cliniques apparaissent en quelques jours à quelques semaines. Lorsque les conditions sont favorables à l’agent pathogène, plusieurs animaux d’un même troupeau peuvent être touchés.

Symptômes précoces typiques:

  • Larmoiement accru
  • Clignements fréquents des yeux
  • Spasme des paupières
  • Photophobie

De plus, de la fièvre et une altération de l’état général peuvent survenir. Les animaux souffrant de photophobie évitent parfois soudainement les zones fortement éclairées de l’étable et peuvent p. ex. refuser d’entrer dans la salle de traite.

Un larmoiement important est le signe d’une inflammation oculaire débutante.
Bild: Swissgenetics

Vaisseaux sanguins envahissant la cornée

Les maladies oculaires sont toujours extrêmement douloureuses. Une kératite peut en outre évoluer de manière dramatique, car différentes structures de l’œil s’enflamment et s’opacifient. Cette forme d’inflammation oculaire se caractérise par des vaisseaux sanguins qui envahissent la cornée depuis la périphérie. Il en résulte l’anneau rose caractéristique qui a donné à la maladie son nom anglais, «Pink Eye». La cornée et le cristallin deviennent souvent opaques. L’œil prend en outre une couleur grisâtre. Les animaux atteints voient très mal ou deviennent complètement aveugles lorsque les deux yeux sont touchés. Par conséquent, ils mangent moins et sont souvent harcelés par les autres animaux du troupeau. Aux alpages escarpés, cette diminution de la vision peut avoir de graves conséquences: le risque de blessures et de chutes augmente.

Le signe typique d’une kératite des pâturages avancée est l’anneau rose visible sur la cornée («Pink Eye»). Dans cet œil, le cristallin est également déjà atteint: il est devenu opaque.
Bild: B. Spiess

À l’abri du soleil

La mesure immédiate la plus importante chez les animaux souffrant d’une maladie oculaire quelconque consiste à les protéger de la lumière du soleil. Les yeux enflammés étant très sensibles à la lumière, les animaux atteints doivent être placés le plus rapidement possible dans une étable sombre ou au moins ombragée. Cette mesure simple peut considérablement atténuer les conséquences et contribue fortement au bien-être animal. Sur les alpages sans étables, la seule solution consiste généralement à transporter temporairement l’animal en plaine, où il pourra être mis à l’étable et soigné dans des conditions appropriées. Souvent, c’est le seul endroit permettant le traitement.

Pommade ophtalmique ou antibiose

Le traitement local repose sur une pommade ophtalmique antibiotique, généralement appliquée au moins deux fois par jour pendant plusieurs semaines. Lorsque plusieurs animaux doivent être traités simultanément, il est essentiel de respecter une hygiène rigoureuse, de porter des gants et de se désinfecter les mains entre les manipulations afin d’éviter la propagation des pathogènes. Des anti-inflammatoires et des analgésiques sont souvent utilisés pour améliorer le bien-être de l’animal et favoriser sa prise alimentaire durant la guérison. Chez les animaux craintifs qui ne se laissent pas manipuler au niveau de la tête, seule une antibiothérapie systémique prolongée, prescrite par le vétérinaire, est envisageable.

Éviter les complications graves

En l’absence de traitement, des complications sévères peuvent survenir: importante accumulation de pus dans l’œil, prolapsus irréversible du cristallin, voire perforation de la cornée. Au plus tard à ce stade, la maladie devient un problème sérieux, y compris du point de vue du bien-être animal. Dans ces cas, une intervention chirurgicale est nécessaire, p. ex. en suturant temporairement la troisième paupière sur le globe oculaire (voile palpébral protecteur). Dans certains cas, l’ablation de l’œil peut même s’avérer nécessaire.

Intervention précoce et immunité

Comme une guérison spontanée de la kératite des pâturages est peu probable, il convient d’intervenir le plus tôt possible. Cela améliore les chances de guérison et réduit le risque de contagion. Dès qu’un animal présente un larmoiement excessif ou une photophobie, il devrait être isolé du troupeau, placé à l’étable et examiné par un vétérinaire dans les plus brefs délais. Dans la plupart des cas, les efforts liés au traitement sont alors récompensés par une guérison complète de l’œil. Après avoir surmonté la maladie, les animaux concernés développent une immunité contre la souche bactérienne impliquée. Cette protection est parfois transmise aux veaux par le colostrum.

Mesures préventives

Afin d’éviter de telles difficultés pendant la saison de pâture ou d’estivage, plusieurs mesures préventives peuvent être mises en œuvre en complément d’une surveillance régulière des animaux:

La vaccination est administrée une seule fois, trois à six semaines avant l’inalpe, soit au plustard vers la mi-avril ou la fin avril, puis renouvelée chaque année. Comme pour toute vaccination, une protection complète ne peut être garantie, car il existe différentes souches de Moraxella bovis. Toutefois, les rapports d’expérience du terrain montrent que la vaccination peut apporter une contribution précieuse au contrôle de la maladie, notamment dans les cheptels à problème. Lorsque la période optimale pour la vaccination a été manquée, il ne reste que la lutte rigoureuse contre les insectes, p. ex. à l’aide de préparations efficaces «pour on» telles qu’Insekt Blocker Plus, idéalement associées à des insecticides de contact comme Sheila, afin de réduire la population de mouches et de protéger au mieux le troupeau contre la transmission des bactéries directement aux yeux.

Dans les espaces confinés, comme ici avant la traite, les bactéries sont aussi transmises d’un animal à l’autre.
Bild: B. Imfeld

Cécité des chamois: un autre pathogène, un tableau clinique similaire

La cécité des chamois est une maladie oculaire hautement contagieuse touchant les moutons, chèvres,  chamois et bouquetins. Elle est causée par la bactérie Mycoplasma conjunctivae. Il s’agit donc d’un agent infectieux différent de celui de la kératite des pâturages décrite ci-dessus, mais il provoque des symptômes similaires chez les espèces citées.