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Kératoconjonctivite infectieuse (Pink eye, KCIB) – L'inflammation occulaire
11.05.2026

Kératoconjonctivite infectieuse (Pink eye, KCIB) – L'inflammation occulaire

La kératoconjonctivite infectieuse bovine est une maladie oculaire très douloureuse, qui apparaît typiquement durant les mois d’été. Les pertes économiques sont énormes. Quels sont les moyens de lutte dont disposent les éleveurs?

Dr. Léonie von Tavel (TORO 05/14)

La bactérie Moraxella bovis est naturellement présente sur les muqueuses nasales et oculaires des bovins en bonne santé. Mais elle peut également être responsable d’une infection oculaire très douloureuse. Cette maladie souvent sous-estimée s’appelle kératoconjonctivite infectieuse bovine (KCIB) ou pink eye (œil rose).

L’anneau rose au centre de l’œil est typique d’une kératoconjonctivite infectieuse avancée. Le cristallin est également touché, il est tout opaque.
Bild: B. Spiess

Invasion de l’œil

Généralement, une blessure de la cornée (combat entre animaux ou outillage) précède l’infection oculaire par Moraxella bovis. Les plus petites blessures, invisibles à l’œil nu, permettent à la bactérie de pénétrer dans l’œil. L’infection se propage par contact direct d’animal à animal, par l’intermédiaire des mouches, des êtres humains (mains, vêtements), des outillages, des bassins d’eau ou un fourrage infesté. Les bactéries transportées par ces vecteurs se multiplient dans et autour de l’œil blessé. Cela explique pourquoi seuls 10 pour-cent des animaux sont atteints aux deux yeux.

Les mouches sont des vecteurs importants dans la transmission des bactéries responsables de la kératoconjonctivite infectieuse bovine.
Bild: Swissgenetics

Les mouches – mais pas seulement!

Voici les facteurs qui favorisent la maladie, seuls ou en combinaison:

  • temps estival
  • maladies du jeune bétail
  • manque de place à l’étable ou lors du transport
  • mise à l’étable d’animaux infectés (mais non décelés)
  • forte densité de mouches
  • beaucoup de poussière
  • fort rayonnement ultra-violet
  • peau peu pigmentée sur les paupières et autour des yeux

Il paraît donc évident que ce sont notamment les animaux alpés qui sont sujets à cette maladie, du fait qu’ils sont soumis à plusieurs de ces facteurs en même temps: ils sont transportés au début de l’été et gardés sur les pâturages avec des animaux étrangers et ils sont exposés à un fort rayonnement ultra-violet. Les combats de rang sont fréquents et peuvent entraîner des blessures aux yeux. Et finalement, les mouches sont par tout.

Une densité animale élevée, les outils et une forte exposition aux rayons ultra-violets sont des facteurs qui favorisent l’apparition de la kératoconjonctivite infectieuse bovine.
Bild: B. Imfeld
Moyenne des cas de kératoconjonctivite infectieuse bovine sur 12 ans, avec une augmentation marquante en été.
Bild: Swissgenetics

Les douleurs ne sonst jamais bonnes

Les animaux infectés tombent malades en l’espace de quelques jours et des troupeaux entiers peuvent être touchés si les facteurs favorisant la propagation sont réunis. La maladie peut connaître une évolution dramatique car elle touche plusieurs structures de l’œil. Les premiers symptômes typiques sont un clignement fréquent des yeux, un larmoiement et les crampes de paupières. Mais les animaux atteints peuvent aussi avoir de la fièvre, se montrer affaiblis et éviter la lumière (ils craignent par exemple subitement la salle de traite). La kératoconjonctivite infectieuse est très douloureuse! D’une manière générale, les douleurs ont une influence négative sur la productivité. Cela vaut aussi pour cette maladie oculaire. Il faut s’attendre à des pertes économiques, notamment lorsque la maladie n’est pas traitée. Concrètement, les animaux photosensibles (voire aveugles d’un œil ou des deux) ne s’approchent que prudemment de la crèche, ils se laissent repousser par leurs congénères et le risque de blessures au pâturage ou à l’alpage est nettement plus élevé. Chaque année, on assiste à des accidents ou des chutes impliquant des animaux aveugles, notamment sur les alpages.

Bild: G. Düringer

Cécité du chamois

La cécité du chamois est une maladie hautement contagieuse des moutons, chèvres, chamois et bouquetins.  Cette kératoconjonctivite est causée par la bactérie Mykoplasma conjunctivae. Il s’agit donc d’un autre agent  pathogène que celui responsable de la kératoconjonctivite infectieuse bovine, mais provoque des symptômes similaires chez les espèces citées.

Lunette rose et protection des animaux

L’injection de sang dans les vaisseaux à la surface de l’œil est typique de cette maladie. Le centre de l’œil présente comme une couronne rosée d’où le nom anglais de la maladie «pink eye» (œil rose). Tout aussi fréquemment, la cornée et le cristallin deviennent opaques, de sorte que l’œil atteint présente une couleur gris-bleuté. Sans traitement, la maladie peut évoluer, avec un écoulement purulent abondant, en une hernie du cristallin et une perforation de la cornée. Il faut alors intervenir chirurgicalement pour protéger l’œil (suture temporaire de la 3e paupière pour cacher la surface oculaire) ou parfois même pour amputer l’œil. Un tel animal risque de devenir un cas pour la protection des animaux, du fait qu’il est fortement limité dans sa qualité de vie en raison de la douleur et de la cécité. Evitez donc, le cas échéant, de laisser traîner les choses car, à un stade léger à misévère, le traitement est tout à fait possible, même s’il faut un peu de patience.

Mauvaise nouvelle: traitement laborieux

La guérison spontanée étant malheureusement plutôt rare, les animaux atteints doivent être traités au moyen d’une pommade à base d’antibiotiques, appliqué 2 à 3 fois par jour pendant 2 à 3 semaines. Si ce type de thérapie est impossible (par ex. vaches mères), l’antibiotique peut aussi être injecté sur plusieurs jours (thérapie plus coûteuse que l’onguent). Veuillez dans tous les cas vous adresser à votre vétérinaire, pour éviter d’éventuelles formations de résistances et appliquer les médicaments antibiotiques correctement. Un facteur très important, surtout si plusieurs animaux sont traités à la suite, est que la personne effectuant le traitement respecte les règles d’hygiène. Désinfectez vous les mains après chaque animal traité et portez des vêtements de protection lavables. Une fois guéris, les animaux sont généralement immunisés contre cette maladie oculaire. Cette immunité semble aussi se transmettre aux veaux par le biais du colostrum.

Bonne nouvelle: prophylaxie durable

En tant qu’éleveur, vous pouvez faire de la prévention en veillant à:

  • garantir suffisamment d’espace à l’étable
  • un climat sain dans l’étable (éviter trop de poussière)
  • lutter contre les mouches
  • contrôler régulièrement les animaux

Si vous détectez un animal suspect (larmoiement, clignement des yeux), isolez-le et montrez-le au vétérinaire. Il pourra également vous conseiller en matière de vaccination: il existe un vaccin unique, à faire 3 à 6 semaines avant la montée à l’alpage et qui doit être répété chaque année. Comme pour tous les vaccins, la protection n’est pas garantie à 100 pour-cent car il existe diverses souches de Moraxella bovis. Mais selon les dires de ceux qui l’ont utilisé, la vaccination vaut la peine dans tous les cas.

Le larmoiement et le clignement des yeux sont les premiers symptômes de la kératoconjonctivite infectieuse bovine.
Bild: Swissgenetics

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