Le confort des vaches améliore la productivité
L’emploi du temps d’une vache est un bon indicateur de confort.
Sybille Mellema (TORO 04/17)
Que font les vaches de leurs journées? Combien de temps passent-elles à manger, à boire et à se reposer? Qu’est ce qui est normal et quelle est l’influence du déroulement de la journée sur la productivité? Ces questions ainsi que l’activité des vaches dans les stabulations libres (avec ration totale mélangée et traite conventionnelle) ont fait l’objet de diverses études. Avec un résultat intéressant: le temps passé en position couchée a u n effet positif sur la productivité. Dans les stabulations libres, une séquence d’activités (cycle de base) répétée x fois par la vache au cours de la journée a été observée. Chaque cycle de base se compose des séquences suivantes: manger, boire et se reposer.
Si les vaches ne sont pas dérangées, le cycle de base «manger boire-se reposer» recommence depuis le début et avec le même ordre de séquence. Un cycle de base dure environ une heure et demie à d eux heures. Au cours d’un cycle et entre deux cycles, les vaches se déplacent d’un emplacement à l’autre ou ont des contacts avec leurs congénères, affirment leur position hiérarchique dans le troupeau, font quelques pas, utilisent les brosses, etc… En additionnant le tout, elles arrivent à une heure de «temps libre» par jour. D’après les études, le temps passé en position couchée est déterminant pour la production laitière: en effet, plus les vaches restent couchées, se reposent et ruminent, plus elles produisent de lait. Qu’en est-il dans les étables suisses?
Que ce soit dedans ou dehors: manger, boire et ruminer tranquillement sont les bases d’une production efficiente!
BABETTE en stabulation libre
Voici BABETTE: une vache Swiss Fleckvieh de quatre ans et en bonne santé, dans une stabulation libre avec traite conventionnelle. BABETTE passe le plus clair de son temps à l’intérieur du bâtiment ou dans la courette. Elle va de temps en temps au pâturage. BABETTE et ses congénères sont affouragées et traites de manière très rationnelle. L’évacuation du fumier est automatisée. Les activités principales de BABETTE sont les cycles de base répétés (manger, boire et se reposer). La traite interrompt ces séquences. Au final, les journées de BABETTE se déroulent comme suit: 2 x 90 minutes pour la traite (temps d’attente inclus), une heure (en plusieurs fractions) de «temps libre» qu’elle passe à s e déplacer et à avoir des contacts sociaux. Durant les 20 heures restantes, elle en chaîne dix cycles de base (manger boire-se reposer). Elle consomme au maximum 20–26 kg de MS en quatre heures et demie; elle boit 80 à 100 litres d’eau en 30 minutes et reste couchée pendant 15 heures, durant lesquelles elle rumine consciencieusement et produit du lait.
ROSE en stabulation entravée
ROSE ne peut pas choisir sa place car elle est attachée. Elle est donc bien plus dépendante de son propriétaire que la vache en stabulation libre, mais elle aussi a un cycle de base (manger-boire-se reposer) qu’elle répète inlassablement. Avec un affouragement régulier et une couche optimale, ROSE a un bilan journalier similaire à celui de BABETTE, malgré la stabulation entravée. Le temps théoriquement «économisé» sur les contacts sociaux et les déplacements est récupéré par ROSE dans la courette ou au pâturage.
MARGUERITE en pâture intégrale
MARGUERITE doit aller chercher elle-même la plus grande part de son fourrage. Pour s’alimenter, elle a besoin de beaucoup plus de temps (jusqu’à huit heures) que ses collègues à l ’étable. Elle mange très régulièrement. Le temps total passé en position couchée est légèrement réduit (de neuf à onze heures). Les trajets jusqu’à l’abreuvoir, au distributeur de concentrés ou à l a salle de traite se font au détriment du temps passé en position couchée, c’est-à-dire au détriment du «temps de production».
Les écarts ont leur raison d’être
Le rythme en trois phases se retrouve également chez les autres ruminants. La répétition de la séquence «manger-boire-ruminer» garantit un pH stable dans la panse et une mise en valeur efficiente du fourrage – une base pour des animaux sains et productifs. La condition sine qua non est une disponibilité constante d’un fourrage de qualité et de composition adéquates, de suffisamment d’eau propre et d’une surface de couchage confortable. Lorsque les vaches vont bien, leur comportement est axé sur des buts précis. Si BABETTE a suffisamment bu, elle se déplacera de l’abreuvoir en d irection des logettes. Elle se couchera en moins d’une minute. Si elle manque de chance et que toutes les logettes les plus confortables sont déjà occupées, elle se tiendra dans une logette peu appréciée mais libre et se demandera si elle veut se coucher à cet endroit ou si elle préfère plutôt attendre qu’une meilleure logette se libère. BABETTE réfléchit longuement; elle reste presque dix minutes debout dans la logette. De longues périodes passées debout sans but précis peuvent être le signe d’un manque de confort (logettes sales ou trop petites, courants d’air, etc.) et se font au détriment de la productivité.
Vos vaches se comportent elles différemment?
Chaque étable et chaque gestionnaire sont différents. Il n’y a donc aucune approche universelle. Observez combien de temps vos animaux prennent pour effectuer telle ou telle «activité» dans votre étable. Mettez à profit l’observation des chaleurs pour évaluer également le confort de l’étable et découvrez les signes de gêne. Les signaux d’alarme sont: une position couchée prolongée (> 2.5 heures d’affilée) ou une boiterie. Les vaches ont-elles accès à un fourrage appétant et à l’eau en permanence? La crèche reste-t elle longtemps vide? Les vaches restent-elles debout sans bouger plus de deux heures par jour (en attente avant la traite, bloquées au cornadis)? Les autres points de contrôle sont plus difficiles à évaluer mais tout aussi importants: vos vaches restent-elles souvent debout sans but précis et combien de temps? Restent-elles vraiment couchées 12 à 15 heures par jour? Avez-vous découvert un ou plusieurs écarts par rapport à ces normes? La recherche de la cause en vaut la peine. Cherchez des possibilités d’optimisation tant chez l’animal lui-même (gêne ou douleur) que dans la gestion (affouragement irrégulier, confort des logettes, position debout au cornadis).