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Les inséminateurs voient avec leurs mains
11.09.2026

Les inséminateurs voient avec leurs mains

Le sens du toucher, indispensable, ne peut s’acquérir que sur un animal vivant.

Jutta Berger, Collaboratrice scientifique

«À vos vaches, prêts, partez!» Stefan Buri, chef de l’équipe Reproduction chez Swissgenetics, donne le coup d’envoi au groupe de nouveaux techniciens inséminateurs en formation qu’il accompagne pour un premier exercice pratique dans une étable d’engraissement à Bützberg. Il fait circuler parmi les 15 futurs techniciennes inséminatrices et techniciens inséminateurs la boîte contenant les longs gants orange. Un peu hésitants, ils s’en saisissent et les enfilent pour la première fois. Durant la formation théorique, ils ont déjà appris comment palper les vaches, à quel endroit déposer la semence dans l’utérus et comment trouver le chemin pour y parvenir. Mais en pratique?

Tout est chaud, mou et sombre

Le chef de l’équipe de formation les encourage avec un sourire: «Il est tout à fait normal que les débutants aient d’abord simplement l’impression que dans une vache, tout est chaud, mou et sombre.» Ce n’est que progressivement que les inséminateurs en formation acquièrent les gestes nécessaires et apprennent ainsi à distinguer les différentes structures: «Vous devez entraîner votre sens du toucher. Nous n’avons pas l’habitude de voir avec nos doigts», explique Stefan aux inséminateurs en formation.

Il faut de l’entraînement

Ces exercices pratiques sur l’animal vivant sont donc indispensables pour apprendre le processus d’insémination. «Cela vaut aussi bien pour les futurs techniciennes et techniciens que pour les inséminatrices et inséminateurs propre exploitation», explique Stefan. «Et c’est précisément là que se trouve un défi croissant: il devient de plus en plus difficile de trouver des animaux et des exploitations pour cette formation.» La situation fourragère actuelle ainsi que les prix à l’abattage encore élevés aggravent encore le problème.

Coopération avec des exploitations d’engraissement

«Il y a vingt ans, nous nous rendions encore dans différents abattoirs pour la formation pratique de nos collaborateurs», raconte Stefan Buri. «Mais avec les cadences très serrées des abattoirs modernes, cela n’est plus possible aujourd’hui.» C’est pourquoi l’équipe Reproduction collabore depuis de nombreuses années avec des agriculteurs qui engraissent d’anciennes vaches laitières. «La collaboration avec ces exploitations d’engraissement est une situation gagnant-gagnant: nous disposons d’animaux qui ne sont plus destinés à la reproduction, tandis que les exploitations bénéficient d’un revenu supplémentaire, puisque nous leur versons une indemnité pour chaque animal mis à disposition.»

Les modèles en plastique ne constituent pas une alternative

Les exercices pratiques sur les vaches sont réglementés par la loi: «Pour cette formation, Swissgenetics doit obtenir une autorisation d’expérimentation animale auprès de chaque canton dans lequel se trouvent les exploitations d’engraissement concernées», explique Stefan. «Cela représente une charge administrative considérable pour nous, mais il n’y a pas d’alternative.» Les exercices sur des modèles en plastique joueront certes un rôle de plus en plus important à l’avenir, mais leur coût d’acquisition est élevé: plus le modèle est proche des conditions naturelles, plus il est cher. «Et, d’autre part, le toucher d’une vache vivante est tout simplement différent. Elle bouge et les organes génitaux varient d’un animal à l’autre. Être capable de les évaluer correctement constitue une part importante de l’examen d’aptitude à l’insémination, que l’on doit maîtriser après la formation.» Il faut également entraîner le geste d’insémination sur le plan physique: «Il arrive que les vaches contractent tellement le rectum autour du bras de la personne qui effectue la palpation que, pour un débutant, cela coupe littéralement la circulation sanguine et rend la palpation des organes particulièrement difficile.» Les apprenants reviennent eux aussi de leur première série d’exercices avec exactement ce genre d’expérience: l’entraînement à l’insémination peut être particulièrement éprouvant – en tout cas pour les humains.

Stefan Buri (à g.) remet les gants aux techniciens inséminateurs en formation cette année pour leur premier exercice pratique.