Coxiellose (Fièvre Q)
La coxiellose peut provoquer des avortements chez les ruminants. Le problème: la maladie peut se transmettre à l’être humain et nuire gravement aux femmes enceintes.
Jutta Berger / Dr. Léonie von Tavel (TORO 06/19)
Tout avortement survenant dans une étable devrait faire l’objet d’une analyse approfondie. A cet effet, le vétérinaire prélève du sang ou du matériel d’avortement pour les envoyer au laboratoire. L’ordonnance sur les épizooties définit la procédure exacte à suivre dans un tel cas. Il vaut mieux faire une analyse de trop que pas assez, car les conséquences de la coxiellose peuvent être dramatiques. En Suisse, 10 % des
avortements chez les ruminants sont imputables à cette maladie, laquelle est provoquée par la bactérie Coxiella burnetii et est soumise à l’obligation d’annoncer. La vaccination des animaux et de l’homme contre la coxiellose n’est pas autorisée en Suisse.
Du matériel d’avortement infecté
La coxiellose peut provoquer des avortements en masse chez les ovins. Dans les troupeaux bovins, il s’agit la plupart du temps d’infections isolées qui se propagent rarement de manière épizootique. L’infection passe même assez inaperçue et les bovins ne présentent aucun symptôme. Lors d’un avortement, les animaux infectés excrètent une grande quantité d’agents infectieux dans le fœtus, les enveloppes fœtales et le liquide amniotique. Les autres animaux s’infectent lorsqu’ils entrent en contact avec ce matériel organique, mais aussi avec de l’eau ou du fourrage contaminés. Les personnes se trouvant à proximité immédiate d’un animal contaminé peuvent aussi s’infecter par inhalation de poussière et de gouttelettes contaminées. L’OSAV (Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires) recommande donc, lors de contact avec des animaux ayant avorté, de porter des vêtements couvrants ou des combinaisons jetables, des bottes en caoutchouc et des gants, voire un masque en cas d’infection avérée. Le lait cru provenant de vaches infectées peut aussi être une source de contamination; il est donc important de faire analyser régulièrement des échantillons de lait de citerne pour détecter la présence de la bacté rie Coxiella burnetii.
Infection via la poussière et l’air
Les tiques jouent un rôle central en matière de transmission de la maladie. On a longtemps cru que la coxiellose était provoquée par une morsure de tique, tout comme la borréliose, et que les cas de coxiellose ne survenaient que dans les régions à tiques. Aujourd’hui, on sait que la Coxiella burnetii produit des spores qui se disséminent dans l’environnement (air et poussière) via les déjections de la tique. Cette dispersion est plus rapide par temps sec et se fait parfois sur de grandes distances. Les spores résistent aux influences chimiques et physiques. En raison de cette étonnante capacité de survie et de sa dangerosité pour l’homme et l’animal, la bactérie figure sur la liste des programmes d’armes biologiques américains et russes.
De l’animal à l’homme
Un cas survenu en Allemagne montre la facilité de transmission de la coxiellose par voie aérogène: En 2003, une brebis a donné naissance à deux agneaux au cours d’un marché paysan. Il a été prouvé que 20 % des visiteurs du marché (soit 299 personnes) ont été infectés par cette mise bas «en passant». Deux décennies plus tôt, près de 400 personnes ont été contaminées en Suisse parce qu’elles se trouvaient sur le parcours de désalpe de moutons. La détection précoce d’une infection chez l’animal est donc primordiale pour protéger l’homme. L’infection est souvent asymptomatique chez ce dernier. Près de 60 % des personnes infectées ne le savent pas et 2 % ont été atteintes de pneumopathies, d’hépatites et d’endocardites. En cas d’infection chez l’homme, on parle de «fièvre Q» (pour Query fever ou pour Queensland en Australie, où les premiers cas ont été décelés en 1935).
Vêlage prématuré ou mortinatalité
Le risque est beaucoup plus important pour les femmes enceintes. Comme chez les bovins et les ovins, les agents pathogènes s’installent dans le placenta et peuvent compromettre la santé du fœtus. Une étude a montré que sur 23 femmes enceintes infectées par Coxiella burnetii, seules cinq ont mis au monde un enfant en bonne santé. Les autres ont subi un accouchement prématuré ou un avortement (Stein, 1998). La plupart des cas relatés évoquent des femmes enceintes contaminées par des moutons ou des chèvres, mais il existe aussi des cas de contamination au contact de vaches ayant avorté.
Beaucoup de chance
Une agricultrice allemande raconte: «J’étais à 20 semaines de grossesse quand une de nos vaches a avorté. Comme mon mari était absent, j’ai aidé la vache à vêler d’un veau mortné. J’avais spontanément mis des gants de protection jetables, et je pense que cette mesure a sauvé la vie de mon bébé. En effet, les analyses ont révélé que l’avortement était dû à la coxiellose. J’ai peutêtre aussi juste eu beaucoup de chance…» Les femmes enceintes travaillant à proximité d’animaux (agricultrices, inséminatrices, vétérinaires) risquent une contamination qui peut se révéler dangereuse pour elles et pour l’enfant qu’elles portent. La plupart de ces femmes n’ont pas conscience du danger, d’autant plus que certaines études vantent l’environnement fermier comme prévention des allergies pour le futur bébé. Il est toutefois plus prudent pour la femme en ceinte de respecter certaines règles et, en cas de suspicion de coxiellose, d’éviter de se rendre à l’étable.
Cas de coxiellose avérés en 2018 en Suisse
| Bovins | 106 |
| Ovins | 6 |
| Caprins | 18 |
| Humains | 53 |
Neospora caninum
Neospora caninum provoque des avortements bovins, principalement par transmission verticale, et nécessite dépistage, élimination des porteuses et hygiène rigoureuse.
Biosécurité
La biosécurité en élevage repose sur l’hygiène, le contrôle des accès, la quarantaine, le nettoyage et la lutte contre les vecteurs afin de protéger la santé du troupeau.
Signal de vaches – Les tiques
Les tiques chez les bovins peuvent transmettre diverses maladies ; d’où l’importance de la prévention, de la surveillance et de mesures de prevention adaptées.
Avortements
Prévenir les avortements répétés chez les vaches grâce à la surveillance vétérinaire, au dépistage des pathogènes et au respect de la législation suisse.
