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Cétose – conséquences et prévention
Articles techniques|03.12.2025

Cétose – conséquences et prévention

La cétose coûte cher

Si les vaches sont mal préparées à la nouvelle lactation, leur métabolisme dérape. Une prophylaxie qui fonctionne est donc positive pour la santé animale et le porte-monnaie.

Jutta Berger (TORO 08/20)

Après le vêlage, le métabolisme de la vache accomplit des performances de pointe. Moins bien la vache est préparée au démarrage de la lactation, plus il est probable que le château de cartes de son apport énergétique s’effondrera. L’image de la marathonienne qui passe les six semaines avant la course sur le divan avec des chips illustre très bien ce que signifie le passage du tarissement à la production de lait pour l’organisme de la vache. Il est évident que souvent, cela ne se passe pas sans conséquences pour la santé d’une sportive d’endurance. Surtout les dégâts à long terme sont délicats et une bonne raison pour réfléchir à des mesures prophylactiques.

En peu de temps de la «couch potato» surapprovisionnée à la marathonienne. Cette image illustre la performance de pointe que le métabolisme d’une vache accomplit lorsque la production laitière démarre après le vêlage.
Bild: Swissgenetics / jbg

Bilan énergétique négatif

Le manque d’appétit d’une vache avant et après le vêlage peut être le début d’une situation précaire. Souvent, sa consommation diminue de près de 30 % déjà durant la semaine avant le vêlage. Suivant le niveau de performance de la vache, la consommation reste inférieure aux besoins énergétiques pendant une bonne partie de la lactation. Pendant la phase de démarrage, la vache présente donc un bilan énergétique négatif. Son métabolisme essaie de compenser ce déficit en mobilisant des réserves d’énergie: la vache mobilise de la graisse corporelle et perd en condition physique.

Substances toxiques résultant de la mobilisation de graisse

Jusqu’à un certain point, la dégradation de graisse corporelle après le vêlage pour compenser le déficit énergétique est un processus normal. La vache ne subit pas de dommages. La situation devient problématique si la production d’énergie engendre des produits résiduels en raison d’une dégradation massive de graisse corporelle – les corps cétoniques (cf. encadré). Car ces substances sont toxiques. Elles empoisonnent différents organes et entravent leurs fonctions: elles entravent les ovules, les follicules et les corps jaunes, elles irritent l’utérus et tuent les embryons. Souvent, elles font augmenter le nombre de cellules dans le lait et affaiblissent le système immunitaire, de sorte que les infections ont libre cours. Mais elles endommagent surtout durablement la fonction hépatique. En même temps, elles freinent l’appétit de la vache et aggravent ainsi la situation.

Les corps cétoniques

Si le métabolisme est perturbé, la production d’énergie engendre des produits résiduels en raison
de la mobilisation de graisse:

  • Acétone
  • Acétoacétate
  • ß-hydroxybutyrate (BHB)
  • Acides gras libres non estérifiés (NEFA), qui sont un signe de mobilisation de graisse


Il est usuel de résumer tous ces corps cétoniques et acides gras et de les désigner simplement, tous ensemble, comme «acétone».


Tester les corps cétoniques
«Cette vache est atteinte d’une cétose? Sûrement pas, elle a l’air d’être en forme!» Maints agriculteurs sont étonnés lorsqu’ils tiennent en main le résultat positif du test de cétose. Car ils croient que ça se voit si une vache souffre de troubles métaboliques. Mais dans la plupart des cas, cela n’est justement pas possible parce que la cétose survient normalement de manière insidieuse, elle est subclinique ou latente. Sans test de cétose, elle reste donc inaperçue.

Rarement visiblement malade

ne accumulation pathologique de corps cétoniques est appelée cétose. Si une vache tombe visiblement malade, c’est-à-dire qu’elle développe une cétose clinique, dépend d’une part de la mobilisation de graisse et de la perte de poids visible. Plus la vache était grasse lors du vêlage, plus elle mobilise de graisse. D’autre part, la sensibilité de la vache joue un grand rôle. Il est plutôt rare que des vaches tombent visiblement malades à cause d’une cétose, ne mangent plus et baissent nettement en production laitière.

Effets tardifs de la cétose latente

Les cas de cétose insidieuse, subclinique sont beaucoup plus fréquents. Par erreur, de nombreux agriculteurs croient toutefois que ça se voit si la vache souffre d’un déficit énergétique. Mais cela n’est pas possible si la maladie survient de manière insidieuse. Les répercussions sur la santé animale ne tardent pas à se manifester et sont souvent persistantes:

  • Baisse de la production laitière
  • Lésions hépatiques (syndrome de stéatose hépatique)
  • Sensibilité accrue aux maladies (par ex. déplacement de la caillette, rétention placentaire, métrite, etc.) et infections
  • Troubles de la fertilité (par ex. anoestrus, chaleurs silencieuses, ovulation retardée, kystes, retour en chaleurs sans symptômes)

La cétose latente survient normalement jusqu’à six semaines après le vêlage. Si les vaches ne sont pas affouragées correctement durant le tarissement, elles peuvent souffrir d’un déficit énergétique déjà avant le vêlage, surtout si les vaches trop grasses sont mises au régime durant le tarissement pour les faire maigrir. Il faut absolument éviter cette erreur. En revanche, il convient notamment de garder un œil sur les animaux à risque (cf. encadré) et de les surveiller régulièrement moyennant un test d’acétone (lait, urine ou sang).

Economiser grâce à la prévention

Les coûts indirects dans un troupeau avec de nombreuses vaches atteintes de cétose peuvent atteindre des sommets vertigineux, suivant l’ampleur du trouble métabolique. La baisse de la production laitière, les intervalles vêlages-IP plus longs et les durées d’utilisation raccourcies coûtent cher à l’exploitation. Le plus grand potentiel d’économies est donc d’éviter que les animaux tombent malades. Il est important d’agir à temps au niveau du troupeau. Seul un affouragement adapté, accompagné de mesures prophylactiques adaptées, permet d’éviter que le métabolisme ne dérape.

L’appétit est l’essentiel

Dès le dernier tiers de la lactation précédente commence la prévention de la cétose pour la prochaine. L’adaptation de l’énergie dans la ration empêche que les vaches deviennent trop grasses. Pendant le tarissement, l’énergie dans la ration doit bien être réduite, mais l’appétit doit absolument être maintenu. C’est le seul moyen pour maximiser la consommation avant et après le vêlage. Un bon appétit et une consommation optimale de fourrage de base en début de lactation sont les plus importants points pour prévenir la cétose. C’est pourquoi les vaches fraîches vêlées ont besoin de fourrage appétent à volonté 24 heures sur 24. De l’eau en abondance à l’étable et au pâturage joue également un rôle décisif, car les vaches qui ont soif ne mangent jamais assez!

Une ingestion optimale de fourrage en début de lactation prévient la cétose.
Bild: Swissgenetics / jbg

Une buvée de démarrage en soutien

Les substances auxiliaires glucoplastiques peuvent être un soutien supplémentaire dans la prévention de la cétose. Car le glycol de propylène et le propionate de sodium améliorent la digestion des aliments dans la panse et le métabolisme. Le foie transforme ces substances en sucre qui est directement disponible pour l’apport énergétique. De plus, elles incitent le pancréas à sécréter de l’insuline, ce qui encourage la consommation de la vache. Son métabolisme reste ainsi intact et le nombre de corps cétoniques dans son sang diminue. Une «buvée de démarrage» décharge donc le foie et réduit le risque d’une cétose subclinique. Cette stratégie fonctionne le mieux si la combinaison de substances glucoplastiques est correcte. En effet, le glycol de propylène concentré a un goût amer et devrait donc absolument être mélangé à des composants appétents, tels que la glycérine et la mélasse. C’est le seul moyen pour garantir une bonne ingestion et un effet optimal.

Animaux susceptibles d’être atteints d’une cétose...

  • les vaches grasses qui peuvent mobiliser beaucoup de graisse corporelle.
  • les mères de jumeaux dont l’ingestion de fourrage est souvent nettement réduite déjà avant le vêlage.
  • les animaux dont la phase post-partum est perturbée (rétention placentaire, fièvre du lait, boiteries, métrites ou mammites) et qui (ce de fait) mangent trop peu.
  • les vaches avec un rapport graisse/protéine élevé (> 1.4) dans le lait en début de lactation. Elles ont déjà commencé à mobiliser les graisses corporelles. Un taux de graisse élevé (> 4.8%) avec en même temps un taux protéique bas (< 3.0%) est un signe d’alarme clair.