Moisissure dans l'alimentation
Les moisissures et les toxines qu’elles fabriquent sont dangereuses. Les fourrages gâtés représentent un risque considérable pour la santé des vaches. Les ensilages de piètre qualité sont particulièrement prédestinés à une infestation par des moisissures, mais ces dernières peuvent également altérer la qualité des fourrages grossiers et des aliments concentrés.
Jutta Berger, (TORO 03/07)
Les moisissures produisent des métabolites toxiques, les «mycotoxines». Ces toxines, contenues dans les aliments infestés, présentent un danger pour les vaches. Il est important de savoir que la quantité de moisissures visibles sur le fourrage n’est pas directement liée à la quantité de mycotoxines produites. Sans faire d’analyses, on ne peut pas estimer dans quelle mesure le fourrage est vraiment contaminé. Dans le doute, il vaut mieux jeter le fourrage abîmé, car de faibles quantités de toxines peuvent déjà
avoir de graves conséquences.
Les moisissures peuvent déjà attaquer les fourrages au champ (p. ex. fusarium, alternaria, etc.) ou lors du stockage (p. ex. aspergillius et penicillium).
Mycotoxines des champs
Les champignons, aux champs, attaquent les plantes vivantes et en particulier les céréales qui ne peuvent pas être récoltées à temps, à cause de conditions météorologiques défavorables, et qui fanent ou pourrissent sur pied. Toutefois, les herbages trop vieux peuvent également être touchés par de tels champignons. En principe, plus l’herbe est coupée à un stade avancé, plus le risque qu’elle soit contaminée par des champignons est élevée. Le foin dit «écologique» est donc très fréquemment pollué par des toxines fongiques. Le signe distinctif est la coloration jaune de la tige avec des taches vert-noir typiques.
Mycotoxines de stockage
Si les céréales ont un taux d’humidité de plus de 15 %, les grains constituent une source de nourriture idéale pour des champignons de stockage. Toutefois, le fourrage de base peut également être contaminé par de tels champignons. Ainsi, les erreurs d’ensilage sont fréquemment «punies» par la prolifération de moisissures. Puisque les moisissures ont besoin d’oxygène pour leur croissance, une bonne compression et l’exclusion correcte de l’air, au moyen de feuilles adéquates, tout comme la couverture et l’étanchéité des parois du silo sont les mesures les plus importantes pour empêcher la formation de moisissures dans le silo. Lors du prélèvement, on doit veiller à ce que le stock de fourrage ne soit pas dispersé mais que des surfaces soient conservées lisses et compactes. Puisque les champignons de stockage ont toujours besoin d’une certaine humidité pour se développer, les fourrages grossiers (foin ou paille) sont naturellement moins menacés. Malgré tout, la marchandise pressée en balles doit toujours être contrôlée quant à une infestation par les moisissures avant l’affouragement, surtout s’il s’agit de foin pressé au champ, dans lequel une certaine humidité subsiste toujours. Les balles de foin et de paille devraient être stockées dans tous les cas sous toit et si possible sur des palettes ou autres, afin qu’elles «ne pompent pas» l’humidité du sol.
Les mycotoxines freinent l’ingestion de fourrage et sa
digestion
Le fourrage moisi n’est généralement pas volontiers ingéré, la consommation de fourrage est réduite et la teneur en énergie de la ration diminue, de sorte que les vaches qui obtiennent du fourrage gâté ne peuvent plus couvrir complètement leurs besoins en énergie. Les toxines fongiques dérangent très fréquemment les processus de digestion bactérienne dans la panse. Les bactéries de la panse sont très sensibles à l’effet antibiotique de ces toxines. Si les bactéries de la panse meurent, la dcomplète dans l’estomac du ruminant est perturbée, les aliments ne sont pas convenablement décomposés, les éléments nutritifs contenus dans le fourrage ne peuvent pas être mis en valeur par la vache. De fortes diarrhées et coliques sont fréquentes du fait de l’endommagement direct de la muqueuse de l’intestin par les mycotoxines.
Dégâts au foie, au pis et aux onglons
Les moisissures sont très différentes les unes des autres, par conséquent, les mycotoxines fabriquées par celles-ci ainsi que leurs conséquences négatives sur l’organisme de la vache le sont également. Toutes les toxines causent de graves dégâts au niveau du foie. Le foie doit en effet éliminer les toxines qui sont absorbées par le corps. Il est ainsi fortement mis à contribution et souvent des dégâts irréversibles apparaissent. La surcharge du foie engendre toujours des problèmes au niveau du métabolisme et un affaiblissement des défenses immunitaires, de sorte que des infections surviennent plus facilement. De nombreuses vaches qui ont mangé du fourrage moisi souffrent tout à coup d’inflammations aiguës des poumons ou du pis. Les toxines fongiques peuvent aussi irriter les tissus du pis, de sorte que le nombre de cellules somatiques dans le lait augmente subitement. Etant donné que quelques mycotoxines peuvent aussi passer dans le lait, l’affouragement de fourrage moisi n’exerce pas seulement une conséquence négative sur la santé animale, mais va à l’encontre de la législation sur les denrées alimentaires En outre, des dégâts au tissu podophylleux dus aux toxines des moisissures peuvent apparaître, de sorte qu’après affouragement de fourrage moisi, des cas de fourbures surviennent fréquemment.
Conséquence directe sur la fécondité
La fécondité des vaches qui sont nourries avec du fourrage moisi est très fréquemment réduite. Les raisons résident d’une part dans la surcharge du métabolisme et d’autre part, dans l’effet oestrogénique de quelques mycotoxines. Les porcs y sont très sensibles, mais les vaches peuvent également présenter des problèmes de fécondité p. ex. chaleurs permanentes, du fait de l’action oestrogénique des toxines. Pour le jeune bétail, une intoxication aux mycotoxines oestrogéniques est signée par l’apparition précoce de la mamelle. Les avortements, les veaux mort-nés et les malformations sont d’autres formes de troubles de la fécondité qui sont déclenchés par les toxines fongiques.
Les toxines fabriquées par les moisissures menacent la santé et la fécondité des vaches. Le fourrage moisi devrait donc être éliminé et non affouragé.
Précaution pour les vaches taries et le jeune bétail
Les vaches taries et le jeune bétail sont très fréquemment nourris avec les restes de crèche et/ou le foin écologique. Les deux sont souvent contaminés par des moisissures. Ce sont justement les vaches taries qui devraient obtenir des aliments irréprochables au niveau qualitatif, afin que la nouvelle lactation débute bien. Le foin extensif est certes un fourrage approprié pour elles, toutefois la qualité doit être impeccable, afin que l’absorption de fourrage et le remplissage de la panse soient corrects (cela prévient les vêlages difficiles et les déplacements de la caillette). D’autre part, le foie ne doit pas être surchargé inutilement durant la période de vêlage, afin qu’il puisse être performant au début de la nouvelle lactation. Le jeune bétail ne devrait pas non plus être considéré comme «poubelle pour déchets de fourrage», puisqu’un foie endommagé ne se remet jamais parfaitement. Fréquemment, les mauvaises performances des vaches fraîches vêlées trouvent leurs origines dans les erreurs d’affouragement lors de l’élevage et entre autres dans l’affouragement d’aliments moisis.