Sarkosporidiose
Lorsqu’une carcasse entière est impropre à la consommation et doit être éliminée, cela «pique au vif» l’exploitation concernée. La sarcosporidiose est une des causes possibles de cette mesure drastique.
Dr. Léonie von Tavel (TORO 04/21)
En général, l’appel téléphonique de l’abattoir arrive de façon inattendue et sonne comme un coup de tonnerre: «Nous sommes désolés, des kystes de sarcosporidies ont été trouvés dans la carcasse de votre vache. Conformément à l’Ordonnance sur le contrôle des viandes, la carcasse entière est impropre à la consommation et doit être éliminée.»
De nombreuses questions se posent alors:
- Que sont les sarcosporidies?
- Comment ces agents pathogènes sont-ils arrivés dans mon exploitation?
- Mes autres bovins sont-ils aussi touchés?
- Cette constatation a-t-elle des conséquences pour mon exploitation? Sera-t-elle mise sous séquestre?
- Pourquoi la viande ne peut-elle pas être valorisée?
- Puis-je faire quelque chose contre cette maladie?
- Cette perte est-elle assurée?
Chaque mammifère a «ses» sarcosporidies
Les sarcosporidies sont des parasites, c.-à-d. qu’elles doivent infester d’autres organismes vivants pour pouvoir vivre et se reproduire. Elles sont présentes dans le monde entier et infestent pratiquement tous les mammifères, soit comme hôtes primaires (ou définitifs), soit comme hôtes intermédiaires. De manière simplifiée, on peut dire que les herbivores tels que les bovins, les moutons et les cerfs sont des hôtes intermédiaires et que les carnivores tels que les renards, les chiens, les chats et les êtres humains sont des hôtes définitifs. Tous les hôtes intermédiaires et définitifs ont leur «propre» espèce de sarcosporidies. Il en existe en effet un nombre incalculable et on pense que beaucoup d’entre elles sont «interchangeables» et peuvent ainsi également infester d’autres mammifères.
Priorité absolue de l’abattoir: ne pas laisser les maladies se propager
Les hôtes intermédiaires ne tombent pratiquement jamais malades, car les kystes dans la musculature ne provoquent aucun symptôme. Un bovin infesté semble ainsi en bonne santé. L’agriculteur a bonne conscience lorsqu’il fait abattre son bovin. A l’abattoir, les animaux sont examinés à plusieurs postes pour détecter une grande variété de maladies. Cela commence déjà au déchargement et se termine par le contrôle de la carcasse ou, si nécessaire, par des analyses en laboratoire. Diverses maladies sont systématiquement recherchées par les assistants officiels affectés au contrôle des animaux avant l’abattage et au contrôle des viandes, qui examinent les carcasses au moyen de prélèvements spécifiques et contrôlent tous les organes. L’objectif principal est d’éviter de libérer des carcasses qui abritent des agents pathogènes. Les sarcosporidies font partie de ces agents pathogènes recherchés. Un œil exercé reconnaîtra immédiatement les kystes dans la musculature, notamment au niveau des joues, de l’œsophage et du cœur, grâce à leur forme de spirale allongée de 0.5–1 cm de long ou leur section transversale jaunâtre et irrégulière. Ces kystes ont été décrits pour la première fois par Johann Friedrich Miescher au milieu du 19e siècle. Les grands abattoirs suisses en détectent environ vingt fois par année (données obtenues sur demande personnelle).
L’être humain peut tomber malade
La sarcosporidiose étant une zoonose – c.-à-d. une maladie transmissible de l’animal à l’être humain et réciproquement – les carcasses infestées sont éliminées, quel que soit le nombre de kystes trouvés dans la musculature. Les symptômes chez l’être humain ne sont pas spécifiques: fièvre, diarrhée et crampes abdominales sont les symptômes les plus fréquents. En cas d’infestation chronique, on observe une faiblesse générale et des douleurs au niveau des muscles, car des kystes peuvent s’y former. On sait aujourd’hui que dans certains pays chauds, un pourcentage élevé de la population est infesté par des sarcosporidies, mais elles ne sont pas détectées en raison des symptômes peu spécifiques et ne sont donc pas combattues. Cette constatation se base sur des analyses réalisées sur des personnes décédées. Des kystes de sarcosporidies ont été trouvés dans leurs muscles. On peut en conclure que certains mammifères sont à la fois des hôtes intermédiaires et des hôtes définitifs. Nous ne savons pas encore exactement quand cela se produit.
Comment le cycle se boucle
Les œufs, appelés oocystes, peuvent être détectés dans les fèces des hôtes définitifs – les carnivores ainsi que l’être humain. Les agents pathogènes sont ingérés avec la viande infestée. Les chats et les chiens s’infestent lorsqu’ils sont nourris avec de la viande crue qui contient des kystes remplis de bradyzoïtes. A partir d’un kyste, il y a des milliers de descendants qui se développent dans l’intestin et qui sont ensuite excrétés avec les fèces. Autrefois, lorsque les animaux morts étaient «jetés en lisière de forêt» et consommés par les renards, les martres, les blaireaux, etc., les parasites étaient très fréquemment transmis. Si des excréments contenant des agents pathogènes se retrouvent dans le fourrage des ruminants, les oocystes sont avalés et pénètrent dans la musculature via les intestins et le sang. Des kystes visibles s’y forment. Si un être humain mange une telle viande qui aurait été chauffée à moins de 70 degrés Celsius, il peut lui aussi contribuer à la propagation de l’agent pathogène. De nos jours et sous nos latitudes, les ruminants sauvages, tels que les cerfs et les chevreuils, sont probablement les plus susceptibles de participer au cycle, car les chiens et les chats sont de moins en moins souvent nourris avec de la viande crue. Les animaux sauvages herbivores sont mangés par des animaux sauvages carnivores. Ces derniers laissent leurs excréments dans l’herbe dont se nourrissent les herbivores (p. ex. bétail au pâturage). Le cycle des sarcosporidies peut ainsi se poursuivre indéfiniment. On ne sait pas s’il peut être interrompu par l’ensilage des fourrages.
Pas une épizootie – aucune conséquence administrative
Même si ces kystes sont trouvés sur la carcasse d’une génisse ou d’une vache, il n’y a aucune conséquence administrative pour l’exploitation concernée. Elle ne sera ni mise sous séquestre, ni amendée, car la sarcosporidiose n’est pas considérée comme une épizootie. Par conséquent, il n’y a pas non plus de dédommagement de la part de la Caisse des épizooties. De plus, il est très rare que plusieurs animaux soient touchés. Même si plusieurs animaux d’un même troupeau sont abattus en même temps, il est très rare que deux animaux soient touchés. Les raisons de ce phénomène ne peuvent être que supposées et font encore l’objet de recherches.
Assuré via le marché de Proviande
Si l’animal est déclaré en bonne santé au moment de la vente, avoir vendu un animal pour l’abattage via un marché de Proviande est une chance. Et c’est exactement ce qui se passe en cas d’infestation par des sarcosporidies. De tels animaux sont alors automatiquement assurés (proviande.ch).
Biosécurité
La biosécurité en élevage repose sur l’hygiène, le contrôle des accès, la quarantaine, le nettoyage et la lutte contre les vecteurs afin de protéger la santé du troupeau.
Signal de vaches – Le chat mange des bouts de viande crue
L’alimentation des chats de ferme avec de la viande crue favorise la transmission des sarcosporidies entre ruminants et carnivores et expose les troupeaux à des pertes.
Signal de vaches – Déchets d’origine humaine
Les déjections humaines dans les pâturages menacent la biosécurité et peuvent transmettre des maladies au bétail, d’où la nécessité d’informer les promeneurs.
Signal de vaches – Cysticerques
Les cysticerques chez les bovins, larves du ténia humain, sont détectés à l’abattoir et peuvent rendre la carcasse impropre, d’où l’importance de mesures préventives strictes.
Pâturage pour génisses et vaches
Optimisez la pâture de vos animaux avec nos conseils pour une gestion saine, efficace et durable.
