Corps étrangers chez les vaches
Protéger les vaches de l'ingestion de pièces métalliques permet d'éviter des pertes inutiles d'animaux.
Jutta Berger, Collaboratrice scientifique
Depuis que les bottes de foin ne sont plus attachées avec du fil de fer et que le fil barbelé n’est pratiquement plus utilisé, les blessures aux pré-estomacs de nos vaches dues à des corps étrangers ingérés sont devenues plus rares, mais elles restent plus fréquentes que beaucoup ne le pensent. Dans les années 1950, on trouvait encore des morceaux de métal enfoncés dans l’estomac d’une vache sur quatre à l’abattoir. Dans une étude danoise réalisée en 2005, 10 % des vaches abattues étaient encore concernées*. Aujourd’hui encore, les abattoirs suisses trouvent presque quotidiennement dans les vaches des corps étrangers auxquels les propriétaires ne s’attendaient pas. En effet, il est rare qu’une maladie aiguë soit la cause directe de la perte d’un animal. Bien plus souvent, les animaux sont abattus avec un corps étranger non détecté lorsque celui-ci a entraîné une baisse de performance et des maladies consécutives.
Avalement non sélectif
Le fait que les blessures dues aux corps étrangers soient relativement fréquentes chez les bovins s’explique principalement par leur comportement alimentaire. Pour couvrir leurs besoins énergétiques, les animaux ingèrent de grandes quantités de fourrage grossier. Ils mangent rapidement et de manière peu sélective et ne recrachent pratiquement rien. Les bovins ne mâchent leur nourriture que grossièrement dans un premier temps, le broyage proprement dit n’ayant lieu que lors de la rumination. Les corps étrangers présents dans le fourrage ne sont donc pas perçus, mais simplement avalés.
Danger pour le bonnet
L’anatomie et la fonction de l’estomac des ruminants contribuent également de manière significative à la problématique des corps étrangers. L’estomac se compose de différentes parties ayant des fonctions différentes. Les bouchées de fourrage avalé ou ruminé arrivent, depuis l’œsophage, dans un petit vestibule qui relie la panse avec le bonnet. Les aliments légers sont transférés directement dans la panse pour la fermentation. Les aliments plus lourds tombent au fond du bonnet. Cette partie de l’estomac trie les fibres: le fourrage finement mâché passe dans le feuillet et la caillette pour la suite de la digestion. Les plus grosses parties sont refoulées dans la panse pour une réduction de taille supplémentaire. Afin de pouvoir mélanger et séparer les composants du fourrage, le bonnet est doté d’une musculature de la paroi très puissante et d’une muqueuse à structure alvéolaire. Cela rend le bonnet particulièrement vulnérable aux corps étrangers qui s’y coincent facilement. En raison de leur poids, les pièces métalliques tombent généralement au fond du bonnet, où les fortes et brusques contractions musculaires les enfoncent véritablement dans la paroi.
Clous, vis, fil métallique
Les morceaux de fer droits et pointus s’enfoncent particulièrement facilement dans la paroi du bonnet. Ainsi, plus de 90 % des corps étrangers sont des clous, des vis ou d’autres morceaux de fil métallique. Ceux-ci proviennent souvent de clôtures de pâturages défectueuses, de travaux de transformation et de réparation dans ou autour de l’étable ou aboutissent dans la crèche via l’herbe. Selon une étude de la clinique vétérinaire de la faculté Vetsuisse de Zurich**, la plupart des maladies causées par des corps étrangers surviennent au cours des derniers mois de l’affouragement d’hiver.
Inflammations, fièvre, douleurs
Selon le type, la taille et l’emplacement du corps étranger ainsi que la durée de la maladie, on distingue une évolution aiguë et une évolution chronique. Dans le cas d’une maladie aiguë due à un corps étranger, les symptômes apparaissent soudainement et sont souvent violents. Les animaux présentant un corps étranger enfoncé souffrent souvent d’une forte fièvre (39.5 à 40 °C). Cependant, la température ne reste généralement plus élevée que pendant un à deux jours, puis redescend. Un ventre relevé et un dos courbé indiquent des douleurs abdominales. Les animaux grincent des dents et se tiennent souvent debout, le cou et la tête tendus. Ils perdent souvent l’appétit de manière soudaine et la panse est légèrement gonflée. Ils se déplacent lentement, n’aiment pas se coucher et se relèvent avec réticence. Le vétérinaire doit être rapidement consulté afin de pouvoir éviter suffisamment tôt la migration du corps étranger et des dégâts irréversibles.
Dans la cavité abdominale ou thoracique
Si le corps étranger perfore complètement la paroi du bonnet et introduit des germes dans la cavité abdominale, cela provoque au minimum une péritonite locale. En conséquence, l’estomac adhère à la paroi abdominale, ce qui altère la fonction digestive. Dans les cas défavorables, l’inflammation se propage, des abcès purulents se forment dans la cavité abdominale ou le corps étranger continue à migrer et blesse d’autres organes. En raison de leur position anatomique, le cœur, le péricarde, les poumons et la rate sont particulièrement menacés. Dans certains cas, le corps étranger retombe dans le bonnet, où il se dissout après un certain temps à cause de la corrosion ou s’encapsule.
Troubles digestifs chroniques
En cas de corps étrangers courts ou qui ne migrent que lentement, les symptômes sont souvent moins marqués et passent facilement inaperçus. Une évolution chronique se développe avec des changements insidieux sur plusieurs semaines ou mois. En général, la digestion, la mobilité de la panse et la rumination sont réduites. Les excréments deviennent secs et durs, car ils contiennent davantage de particules de fourrage non digérées. Les animaux sont malades et il n’est pas rare que le corps étranger ne soit découvert que par hasard lors de l’abattage, lorsque l’animal a été réformé en raison des mauvaises performances ou de l’infertilité.
Contrôles quant à la présence de corps étrangers
Pour confirmer la suspicion d’un corps étranger, un examen vétérinaire approfondi comprenant différents tests est nécessaire. Le plus simple est la prise dans le dos, lors de laquelle la peau du garrot est tirée vers le haut à la fin de l’inspiration. Les animaux présentant un problème de corps étranger courbent fortement le dos vers le bas et gémissent doucement en raison de la douleur causée. Ils réagissent également souvent par des signes de douleur lorsqu’une pression est exercée par le bas contre le sternum. Dans un échantillon de sang, les valeurs inflammatoires typiques sont élevées. Selon leur équipement, certains cabinets vétérinaires utilisent un détecteur de métal pour établir un diagnostic sûr ou rendent le corps étranger visible à l’échographie. De nombreuses cliniques bovines utilisent également des appareils de radiographie pour le diagnostic.
Traitement simple ou opération
Le traitement dépend de la gravité et de l’évolution de la maladie. Dans les cas précoces, l’insertion d’un aimant en cage associée à un traitement anti-inflammatoire peut suffire. Si cette méthode simple ne fonctionne pas, un chirurgien peut tenter de retirer le corps étranger par voie chirurgicale. Plus la maladie est détectée et traitée tôt, plus le pronostic est favorable. Si le corps étranger s’est déjà enfoncé dans le péricarde ou si toute la cavité abdominale est suppurée, l’animal ne peut plus être sauvé.
Administration prophylactique d’aimants
Premièrement, il s’agit d’éviter dans la mesure du possible la présence de corps étrangers dans le fourrage. Cela signifie que lors de travaux de réparation dans ou autour de l’étable, à proximité de stocks de fourrage et au pâturage, il s’agit de veiller à une élimination minutieuse des clous, des bouts de fil et d’autres pièces métalliques. L’utilisation de séparateurs magnétiques sur les mélangeuses peut également réduire considérablement le risque. En outre, une protection efficace est l’administration prophylactique d’un aimant en cage dans les pré-estomacs. Les corps étrangers métalliques restent collés à l’aimant et sont ainsi rendus inoffensifs. Lors de l’administration dans les règles de l’art, les aimants tombent dans le bonnet et y restent généralement la vie entière, du fait de leur poids (env. 150 g). Il est très rare qu’ils soient transportés à nouveau vers le haut lors de la rumination.
*→T. Cramers et.al, 2025, New types of foreign bodies and the effect of magnets in traumatic reticulitis in cows, Vet. Rec.
**→U. Braun et.al, 2020, Clinical and laboratory findings in 503 cattle with traumatic reticuloperitonitis, BMC Veterinary Research.