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Tarissement sélectif
Articles techniques|23.03.2026

Tarissement sélectif

Les mamelles malades guérissent le mieux pendant la phase de tarissement. Mais, en même temps, le risque d’infection est le plus élevé durant cette même phase. Prévenir efficacement les infections sans utilisation d’antibiotiques est cependant possible.

Dr. Léonie von Tavel (TORO 06/16)

Faut-il recourir à une antibiothérapie au tarissement ou non? Les avis sur cette question sont partagés. Les producteurs et les consommateurs, notamment, ont des opinions divergentes à ce propos. Les scientifiques eux conseillent le «tarissement sélectif».

Pour obtenir un résultat cohérent, il est très important de prélever l’échantillon de lait proprement et correctement.
Bild: Swissgenetics

Tarissement sélectif

Il s’agit d’évaluer, pour chaque vache individuellement, si l’utilisation d’un tarisseur est indiqué ou non. Pour ce faire, il y a quelques points à observer avant le tarissement pour décider ensuite, à l’aide d’un schéma, de quelle manière la vache sera tarie. En procédant ainsi, vous n’oublierez rien et pourrez suivre une recommandation claire sur l’utilisation ou non d’un antibiotique de tarissement. Le choix d’une thérapie au tarissement se base sur les éléments suivants:

  • les trois derniers comptages de cellules somatiques avant le tarissement ou tests de Schalm pour les exploitations non-enre gistrées au herd-book;
  • l’historique de la dernière lactation en matière de mammites;
  • les résultats des analyses bactériologiques du lait.

Le comptage de cellules somatiques

En Suisse, la mamelle d’une vache est considérée comme étant saine lorsque le comptage de cellules somatiques est inférieur à 150’000 cellules/ml de lait. La même chose vaut pour l’ensemble du troupeau. Les exploitations qui attestent d’une bonne santé globale des mamelles ne procéderont à une analyse bactériologique du lait que pour les vaches qui présentent un comptage de cellules somatiques augmenté pour les trois derniers contrôles ou dont le résultat du test de Schalm est suspect. Si toutefois un troupeau présente un taux cellulaire théorique du lait de citerne de >150’000 cellules/ml, on parle par définition d’exploitation à problème. Dans ce cas, les germes principaux doivent être analysés à l’aide d’échantillons de lait prélevés sur des vaches choisies. Une collaboration avec le vétérinaire traitant est indiquée.

Exemple d’interprétation des résultats du test de Schalm

VR+/HR++/VL+/HL++

Pas d’échantillon nécessaire.

VR-/HR++/VL+/HL++

L’analyse d’un échantillon de lait vaut la peine, car un résultat avec plus d’un + de différence entre les quartiers indique souvent la présence de germes pathogènes.

Le test de Schalm

Dans les exploitations non enregistrées au herd-book, qui n’ont pas de contrôles réguliers du lait, la santé de la mamelle est à surveiller à l’aide du test de Schalm. Toutes les vaches doivent être contrôlées avant le tarissement. L’analyse des échantillons de lait est indiquée pour les vaches qui présentent plus d’un + de différence entre les quartiers.

Mammites pendant la lactation

Chez les animaux qui étaient malades du pis pendant la lactation, il faut aussi prélever et analyser un échantillon de lait pendant le tarissement. L’investissement vaut la peine dans tous les cas, car les résultats permettront de définir le traitement le plus efficace au tarissement.

Les analyses bactériologiques du lait

Financièrement parlant, il est plus économique de pouvoir tarir une vache sans utiliser d’antibiotiques; en plus, cela permet de réduire les résistances inutiles. Mais, au final, ce sont les résultats de l’analyse bactériologique qui permettront de définir s’il est possible de renoncer à une antiobiothérapie ou non.

Procédé de tarissement sélectifAB: Antibiotiques, NC: Nombre individuel de cellules, NCCth: Nombre théorique de cellules dans le lait de citerne.
Bild: Vetsuisse Bern, Wiederkäuerklinik

Des germes pathogènes ont-ils été dépistés? Si oui, lesquels? Grossièrement, les germes responsables de mammites peuvent être subdivisés en deux groupes:

Germes à réservoir mammaire

Les plus répandus sont les staphylocoques dorés et différents types de streptocoques. Si les échantillons analysés contiennent des germes à réservoir mammaire, l’utilisation d’un antibiotique de tarissement est indiqué. Il est parailleurs très important de choisir un antibiotique capable d’éliminer les germes en question. Un test de résistances dans un laboratoire bactériologique peut aider à choisir. Le tarisseur doit impérativement être dosé et administré correctement, sans quoi les problèmes de résistances sont programmés. Lors du diagnostic «staphylocoques dorées» des mesures très spécifiques doivent être prises. Votre vétérinaire vous aidera à trouver une solution.

Les germes à réservoir d’environ nement

Dans ce groupe se trouvent les streptocoques à coagulase négative, les corynebactéries et escherichia coli. Si «seuls» des germes à réservoir d’environnement sont détectés dans les échantillons de lait, l’utilisation d’un antibiotique de tarissement n’est généralement pas nécessaire. Souvent ces derniers sont inefficaces contre ces bactéries. Les germes à réservoir d’environnement sont à combattre par l’amélioration de la gestion, de l’hygiène d’étable et de la garde animale. Les vaches avec une mamelle saine voire avec un diagnostic «germes à réservoir d’environnement» peuvent en principe être taries sans traitement ou à l’aide de méthodes alternatives. Ce faisant, il faut respecter les règles de gestion suivantes:

  • Contrôles journaliers: à l’oeil, sans toucher la mamelle. Porter des gants à usage unique si, pour une raison ou un autre, les trayons doivent être contrôlés.
  • L’hygiène d’étable est aussi importante chez les vaches taries que chez les animaux en lactation. La litière doit être sèche et propre.
  • Adapter l’alimentation: il s’agit de couvrir les besoins d’entretien.
  • Assurer un bon approvisionnement en eau.
  • Obturateur de trayons: pour imiter ou renforcer le mécanisme naturel de protection des trayons contre les germes extérieurs, il est possible de recourir aux obturateurs. Pour cela, il faut absolument exclure toute infection à l’aide de l’analyse d’un échantillon de lait. De plus, il est important que la vache à tarir n’ait pas eu de problèmes de santé de la mamelle pendant la lactation. Selon le produit, l’obturateur sera introduit dans la partie inférieure de la citerne du trayon ou utilisé pour coller l’ouverture du canal du trayon depuis l’extérieur. Les indications du fournisseur doivent être respectées consciencieusement lors de l’utilisation.
  • Homéopathie: adressez-vous à un vétérinaire spécialisé.

Attention!

La stérilité lors du prélèvement des échantillons de lait est un facteur déterminant pour la pertinence des  résultats d’analyse. Discutez de la marche à suivre avec votre vétérinaire. Les tarisseurs et obturateurs doivent également être utilisés dans les meilleures conditions d’hygiène, sans quoi ils risquent de faire plus de mal que de bien.

Les échantillons de lait destinés à l'analyse bactériologique doivent être prélevés dans des conditions stériles. Sinon, ils ne sont pas fiables.
E: P. fischer

Assainissement du troupeau et élimination

L’élimination est indiquée pour les animaux qui sont résistants aux thérapies ou qui ont eu les mêmes problèmes mammaires avec les mêmes germes au cours de deux lactations consécutives. En présence de problèmes à l’échelle du troupeau, il faut élaborer une stratégie pour améliorer la gestion et la garde, afin de lutter le plus efficacement possible contre le germe principal. Un assainissement de l’ensemble du cheptel est souvent inévitable et exigeant; il doit être planifié et effectué avec l’aide de spécialistes.

Facteurs de risque pour les mammites de tarissement

  • Contrôles insuffisants: les vaches taries ne bénéficient souvent pas de l’attention nécessaire.
  • Apparition de résistances aux antibiotiques suite à la non-reconnaissance des germes ou aux traitements erronés, du fait de l’absence des analyses d’échantillons de lait.
  • Infection aux staphylocoques dorés avec un faible nombre de cellules somatiques: de tels animaux ne sont souvent pas détectés et disséminent les germes dans le troupeau.
  • Détention: les vaches taries doivent être gardées dans les mêmes conditions d’hygiène que les vaches en lactation et être affouragées, comme elles, en fonction de leur production.
  • Lactation prolongée: les vaches ayant une longue période de service souffrent plus fréquemment de mammites de tarissement
  • Au moment du tarissement, la production laitière ne devrait pas excéder 15 kg.
  • Trayons courts: le bouchon de kératine protecteur est aussi plus court.
  • Juste avant le vêlage: le système immunitaire de la vache est affaibli en raison des modifications hormonales et les tarisseurs perdent en efficacité. Le bouchon de kératine se résorbe.

Conclusions

La prévention des mammites a lieu pendant la phase de tarissement. La manière dont les vaches sont taries dépend de la santé des mamelles du troupeau entier et de l’animal individuel. Afin de réduire l’utilisation d’antibiotiques, toujours plus de vaches sont taries selon un procédé sélectif. Les analyses d’échantillons de  lait contribuent fortement à la prise de décision.