Maladie de tournoiement (Listériose)
La listériose est aussi appelée «maladie du tournoiement». La consommation de Tour rage contaminé en est la cause. Détectée tôt et bien soignée, il est possible d’en guérir.
Dr. Léonie von Tavel (TORO 05/20)
«Papa, pourquoi Momo tourne- t-elle en rond comme ça?» L’agriculteur Max se souvient encore précisément de la question que sa fille lui a posée alors qu’ils regardaient les génisses au pâturage. Un signal d’alarme a retenti chez Max. Le «tournoiement» est souvent synonyme de maladie du cerveau. Et il savait que cela pouvait mal se terminer si une génisse présente de tels symptômes. Son vétérinaire traitant a confirmé ses craintes. «Cela pourrait être la listériose. Ces mouvements circulaires sont classiques. L’âge de la génisse et le fait que les animaux reçoivent de l’ensilage parlent également en faveur de cette hypothèse. Si nous avons de la chance, seule Momo a mangé de l’ensilage contaminé. Ces bactéries se multiplient souvent de manière très localisée dans le fourrage et n’attaquent pas la balle d’en silage entière.»
La listériose chez le bovin
Bien que de nombreuses espèces animales puissent être touchées, la listériose touche surtout les bovins, les ovins et les caprins. Il existe quatre formes chez le bovin:
- La forme nerveuse centrale
- L’avortement
- La mammite
- La septicémie (empoisonnement du sang)
La forme nerveuse centrale
Si les listérias touchent le cerveau ou le système nerveux central, les animaux présentent des symptômes impressionnants. Les vétérinaires parlent de «listériose classique», car ils peuvent facilement la reconnaître grâce aux signes typiques. On suppose que les agents pathogènes pénètrent dans le système nerveux central par une petite plaie au niveau de la muqueuse buccale. L’infection peut être causée par des aliments grossiers et lignifiés ou même par des bouts de plastique. Comme les enfants après la chute des dents de lait, les génisses ont aussi de petites zones sanguinolentes dans la bouche lors du remplacement des dents. Elles constituent donc le groupe d’âge à risque pour la listériose nerveuse centrale. Si les génisses consomment des aliments contaminés, les agents pathogènes peuvent pénétrer dans les tissus nerveux et y former des micro-abcès. Il y a beaucoup de nerfs dans et autour de la tête. Les symptômes typiques de la listériose apparaissent lorsque le «nerf facial» (N. facialis) et/ou le «nerf glossopharyngien» (N. hyoglossus) sont touchés. L’animal souffre alors de paralysie faciale, avec une oreille tombant sur le côté et un museau tordu. Du fourrage pend de sa bouche. La déglutition est difficile et la salivation n’est plus contrôlée. L’être humain connaît cet état lors d’une anesthésie locale chez le dentiste. Chez la génisse, si l’infection remonte au cerveau, des troubles locomoteurs apparaissent. Le «tournoiement» est typique. En anglais, cette maladie est appelée «circling disease».
Avortement, mammite, septicémie
Les avortements provoqués par les listérias sont rarement diagnostiqués. Chez les bovins, ils se produisent le plus souvent au cours du dernier tiers de la gestation. Comme lors de tous les autres avortements, les femmes enceintes ont l’interdiction stricte d’entrer dans l’étable! Car le risque d’une contamination par les agents pathogènes de la listériose est douze fois plus élevé chez elles! La mammite due aux listérias est encore plus rarement diagnostiquée que l’avortement. Les septicémies, c’est-à-dire les empoisonnements du sang, sont un peu plus fréquentes. Elles se produisent le plus souvent chez
les veaux nouveau-nés et sont généralement mortelles.
Choyer Momo
Si le système nerveux central d’un animal est touché mais qu’il peut encore se tenir sur ses pattes et marcher, les vétérinaires parlent d’un pronostic «prudent à favorable». Il est important de débuter immédiatement un traitement antibiotique d’au moins une semaine et de stabiliser le métabolisme, car l’animal mange moins et perd souvent beaucoup de salive. L’équilibre acide-base et celui des fluides doivent donc être rééquilibrés. Si nécessaire, l’animal doit être perfusé et abreuvé régulièrement. Il faut «choyer» ces animaux, c’est à-dire s’occuper très attentivement d’eux si l’on veut les sauver. C’est exactement ce que l’agriculteur Max a fait avec la génisse Momo. Le vétérinaire a perfusé Momo dans le box d’infirmerie et Max a nourri sa génisse avec le meilleur foin pendant plusieurs jours, lui proposant encore et encore de l’eau propre – jusqu’à ce que Momo ait récupéré.
Pas de terre dans le fourrage
Les listérias sont des bactéries qui vivent aussi dans le sol (voir encadré). Ainsi, la meilleure prophylaxie est encore une production de fourrage soigneuse. Il est important qu’il y ait le moins possible de saletés dans le fourrage et de surveiller le pH pendant le processus d’ensilage et de le corriger vers le bas si nécessaire. Les aliments fortement souillés ou même moisis n’ont pas leur place à la crèche! Bien entendu, après chaque avortement (quelle que soit la bactérie responsable), l’étable sera désinfectée et le matériel d’avortement amené au centre collecteur de déchets animaux.
Carcasses impropres à la consommation
La listériose est une épizootie à surveiller. Chaque cas doit être annoncé. Si le nombre de cas augmente, des mesures pourraient être prises rapidement par l’Office fédéral responsable. Un diagnostic définitif de la forme nerveuse centrale ne peut être établi qu’après la mort, sur la base des modifications typiques des nerfs de la tête, du matériel cérébral et du liquide céphalo-rachidien. En cas de soupçon à l’abattoir, des contrôles seront effectués. Si le soupçon est confirmé, la carcasse entière sera déclarée impropre à la consommation.
Listériose chez l’être humain – un réel danger
Les personnes des groupes «YOPI» sont particulièrement à risque:
- Young – jeunes, soit les nouveau-nés et les petits enfants
- Old – personnes âgées
- Pregnant – femmes enceintes
- Immunosuppressed – personnes immunodéprimées
Les personnes appartenant à ces groupes à risque attrapent beaucoup plus fréquemment la listériose que les bovins, bien que le tableau clinique soit peu spécifique. En 2018, huit bovins sont tombés malades en Suisse, contre 52 personnes (source: OSAV et OFSP). La contamination se fait généralement par l’intermédiaire d’aliments tels que le lait cru, les fromages à pâte molle, les terrines ou les légumes crus mal lavés. Les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées doivent donc éviter la viande crue et les produits de charcuterie ainsi que les produits à base de lait non pasteurisé. La règle suivante est valable pour tous: une bonne hygiène lors de la manipulation des aliments est essentielle, car un nombre alarmant de personnes meurent chaque année d’une listériose. Le cas vaudois datant de 1983 est resté gravé dans les mémoires: 111 personnes sont tombées malades après avoir mangé du Vacherin Mont-d’Or contaminé et 31 personnes en sont mortes! Partout dans le monde, la listériose fait régulièrement la une des journaux. Et enfin pour terminer: une transmission d’un animal malade à l’être humain est possible par le biais du matériel d’avortement. Cependant, en l’état actuel des connaissances, cela n’arrive que très rarement. La listériose n’est donc pas une zoonose au sens classique du terme – une maladie transmissible de l’homme à l’animal et inversement. On parle plutôt d’une infection liée à des germes de la terre.
Botulisme chez les bovins
Le botulisme chez les bovins, causé par l’ingestion de fourrage contaminé par Clostridium botulinum, provoque des paralysies souvent mortelles et nécessite des mesures préventives strictes.
La qualité du fourrage de base
La qualité du fourrage et une surveillance régulière de la panse assurent un pH stable, une bonne ingestion et une fertilité durable des vaches laitières.
La terre dans le fourrage
Un fourrage contaminé par la terre réduit sa valeur énergétique, favorise le développement de moisissures et de bactéries nuisibles, et peut nuire à la santé animale.
Moisissure dans l'alimentation
Les moisissures dans l'alimentation animale produisent des toxines dangereuses pour la santé et la fertilité des vaches, nécessitant une élimination systématique du fourrage contaminé.
